Ondine, la CSAO en héritage

C’est avant tout l’histoire d’un passage de flambeau réussi. Une flamme allumée pour montrer aux yeux de tous la beauté de l’artisanat africain qui, loin de s’éteindre, s’est ravivée avec l’arrivée d’une nouvelle génération. Il est parfois tout aussi périlleux de reprendre une entreprise que de partir de zéro. Une pression inévitable et insidieuse viendra probablement irradier les os, une crainte de ne pas être à la hauteur contractera les muscles lors des temps incertains. Mais l’envie d’honorer le passé avec une fraîcheur nécessaire pour asseoir un futur bien présent fera corps et anesthésiera ces émotions paralysantes…. Un jeu d’équilibriste parfaitement réalisé par Ondine, à la tête de la Compagnie du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO), fondée par sa mère.

CSAO aurait pu être l’acronyme de courage, sororité, amour et osmose. A la source, Valérie (la mère d’Ondine), une femme amoureuse partie suivre son mari ethnologue. Subjuguée par la générosité débordante des Sénégalais et l’immense richesse de ce pays hôte, Valérie fonde en 1995 la CSAO, vitrine du savoir-faire africain et pionnière du commerce équitable avec son écrin parisien, mais aussi l’ASAO*, son pendant associatif, à vocation sociale et humanitaire. A l’intérieur de la boutique parisienne, les fauteuils en perles côtoient les tabourets en teck, les malles peintes à la main et petits objets de décoration en aluminium recyclé. Une liaison directe Paris/Dakar que rien ne pourra interrompre grâce au pont aérien mis en place entre les deux capitales.

 

Cet amour viscéral pour l’Afrique, Valérie l’a transmis à ses enfants, en particulier Ondine. Ondine nait et grandit jusqu’à 8 ans entre Dakar, capitale fiévreuse du Sénégal et l’île de Gorée, havre de paix retrouvé depuis que l’on y honore la mémoire des esclaves disparus. Le sable des rues colorées et animées laisse place aux pavés des boulevards parisiens. Après des études en Lettres modernes à la Sorbonne, Ondine vient épauler Valérie en supervisant les départements des achats et nouveaux produits.

 

« Il faut parfois se méfier de l’eau qui dort », une pensée qui pourrait être tirée d’un dicton africain tant elle est sage. Après six années à travailler intensément dans le giron familial, Ondine ressent, comme sa mère avant elle, le besoin de prendre le large et d’ouvrir son horizon. Pour marquer ce virage de son empreinte et dans l’optique de couper le cordon, elle décide de traverser non pas la mer (Méditerranée), mais l’Océan Atlantique. Un choix somme toute harmonieux pour un prénom signifiant « eau agitée ». Dans la ville côtière de New York, Ondine assouvit sa passion de la photographie à grand renfort de tirages. Est-ce le goût trop prononcé de fruit défendu de la grosse pomme ou la sensation de satiété qui la guette, toujours est-il qu’Ondine revient en France et ferme ainsi cette parenthèse américaine pendant laquelle elle a donné naissance à son premier enfant.

 

La fibre maternelle l’encourage à réaligner ses pas dans l’entreprise familiale. D’abord sur la pointe des pieds, en composant avec son nouveau rôle de mère. Puis, sa tribu désormais grande, Ondine peut à nouveau s’employer à donner les impulsions qui gestionnaient en elle pour la CSAO.

Alors qu’elle porte à la force de ses bras la vente en gros, les collaborations (Sézane, Bonpoint ou encore Côme) et la direction artistique, Ondine se rappelle les coussins tant aimés qui participaient à la rondeur et douceur de son enfance, vendus depuis deux décennies déjà à la boutique. Dans le droit fil de la maison CSAO, elle a alors l’idée et l’envie de les moderniser, en remettant au goût du jour une autre tradition sénégalaise : la broderie*. Se laissant guider par son intuition, Ondine s’empare d’un tissu africain et brode le mot « Amour ». Le résultat est étonnant, merveilleux. De fil en aiguille, « Happy », « Bonheur », « Paix », « Trésor », « Liberté » viennent apostropher les visiteurs qui viendraient s’asseoir sur ses créations.

 

Le processus de fabrication est à chaque fois le même : la recherche de tissus colorés, qui s’apparente à une véritable quête dans les marchés foisonnants, puis c’est au tour du fil brodé français d’être l’objet de toutes les convoitises d’Ondine. Une fois les matières premières réunies par ses soins lors de ses multiples allers-retours au Sénégal, c’est au tour des brodeuses aux doigts virevoltants de prendre le relais. Au nombre de deux au début, elles sont aujourd’hui 150 à gagner leur autonomie financière à la force de leurs phalanges. Des parcours pour certaines non linéaires, dont les mots viennent guérir leurs maux… Au regard du succès des coussins, la gamme s’est étoffée au fil de l’eau, avec des pochette et sacs.

 

Face à la voie royale qui s’ouvrait à elle et pour ne pas s’offrir à la facilité, Ondine a emprunté des chemins de traverse, avec toujours un seul et même cap, celui de la liberté totale. Une saga franco-africaine sur laquelle le soleil n’a pas terminé de briller avec les enfants d'Ondine.

 

 

*Autrefois, les jeunes mariés se voyaient offrir des oreillers brodés « Mon chéri, Ma chérie », pour reposer des têtes pleines de rêves.

Crédits photos: CSAO et Ondine



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