Hermine, fondatrice de Douze Paris

L’entrepreneuriat est parfois une histoire de famille. La transmission des clés d’une société bien sûr, mais elle peut aussi être surtout une transmission de valeur, d’une mémoire. Elle peut être libératrice ou à l’inverse lourde à porter. Mais quand elle est le fruit d’une passion, d’une histoire arrachée, alors elle finit par valoir son pesant d’or (symbolique). Portrait d’hermine fondatrice de Douze Paris, une histoire de transmission, de famille et de femmes.

Hermine ouvre pour la première fois ses yeux par un froid polaire dont elle en tire son blond, un 12 décembre, tout comme son arrière-grand-mère polonaise. Une femme qu’elle n’a jamais connu mais qui est à la source de sa passion radieuse pour l’orfèvrerie. Fuyant la guerre, l’aïeule emporte dans cet infortune les quelques grammes d’or qu’elle arbore autour de ses doigts, de ses poignets et de son cou. Elle continuera d’agrandir avec passion sa collection en France au fil des ans. Des trésors revenus naturellement à sa petite-fille, la mère d’Hermine. Chaque weekend, le rituel familial invite les deux femmes à se replonger dans le reflet d’un certain âge d’or, en briquant les reliques.

L’enfance d’Hermine est ainsi heureuse mais sa scolarité quelque peu chahuteuse. La jeune fille traîne l’autorité comme un caillou dans sa chaussure. Malgré une (in)docilité impossible à polir, l’étudiante persévère, écoutant une mère pour qui la liberté, le féminisme et l’écologie valent tout l’or du monde. Hermine entre alors en école de commerce et obtient un Master 2 en digital marketing. Plusieurs stages apportent leurs pierres à l’édifice fragile d’une vie sous autorité en sursis. Hermine se rend à l’évidence : l’entreprise n’est peut-être pas l’écrin idéal pour recueillir son épanouissement professionnel. Les choses arrivent rarement par hasard. Alors, quand au contact d’une créatrice de haute fantaisie le bijou revient sérieusement dans son giron, elle le laisse doucement ricocher jusqu’à elle. L’idée de se lancer prend du galon, alors même qu’elle cherche en vain des créations en or, à la fois accessibles, modernes et intemporelles.

La jeune femme décide alors de mettre un fermoir sur cette vie salariée et d’ouvrir ses chaînes pour suivre la règle d’or maternelle. Néophyte en la matière, Hermine se forme en gemmologie et en histoire du bijou pour se faire une place dans ce monde réputé masculin. Après quelques semaines intenses la blouse au corps et la loupe à l’œil à admirer l’iridescence de ces pierres si précieuses, la jeune femme peut enfin rêver d’ornements. Hermine profite de la chaleur estivale pour sauter à pieds joints dans le bain de l’entrepreneuriat et fonder en 2017 sa propre marque, à 24 ans.

Se raccrochant à son instinct, elle fait de l’or recyclé la pierre angulaire de son projet. Bijoux anciens, couronnes dentaires, composants électroniques, le quotidien recèle d’infimes pépites, permettant ainsi de ne pas spolier davantage la terre nourricière qui ne l’est que trop. Elle peut dès lors marquer de lettres d’or cette aventure si réconfortante: Douze Paris, clin d’œil à ce fameux jour de naissance et chiffre si redondant dans l’histoire familiale ; son nombre d’or à elle.

Hermine peut s’attaquer aux travaux herculéens qui l’attendent. La sororité fait une nouvelle fois des étincelles : une amie de sa mère l’introduit dans le milieu en lui ouvrant les portes d’un premier atelier. De fil (d’or) en aiguille, elle en rencontre deux autres avec lesquels elle  tissera une relation de confiance pour un travail main dans la main.

Fabriqués en or recyclé 18 carats - implacable face à l'eau ou l'acidité de la peau - les bijoux Douze Paris sont ainsi fièrement poinçonnés d’une tête d’aigle qui n’échappe pas à l’œil de lynx des connaisseurs. Hermine fait ainsi le pari de l’artisanat et d’une production raisonnée, bien avant que ces mots ne prennent un écho carillonnant et grandiloquent. La créatrice fait le choix de faire scintiller des ateliers à taille humaine, dont le savoir-faire est reconnu par les grandes maisons. Couronne sur la dorure, la jeune femme tient profondément à privilégier les circuits courts et à réduire au maximum son empreinte carbone. Les diamants quant à eux proviennent exclusivement de pays membres du régime international de certification dit processus de Kimberley. Emeraude, tourmaline, saphir, rubis, et bien d’autres encore complètent cette mosaïque multicolore.

Pour le sur-mesure, Hermine réveille l’or qui dort dans les placards, parmi le linge brodé aux initiales de la famille. Les pierres sont alors désolidarisées de l’or pour devenir un temps solitaires avant d’alimenter pourquoi pas une rivière de pierres.

Hermine travaille à faire émerger une joaillerie consciente, éclairée et flamboyante. Penser et esquisser des pièces avec l’envie irrépressible que cet accessoire s’émancipe de ce qualificatif trop réducteur et devienne un ornement fondamental, héritage d’un passé, d’une histoire, de symboles et de valeurs. A l’évanescence d’une pièce fantaisie, Hermine préfère l’éternité d’un or irradient à l’infini. Apôtre d’une consommation plus raisonnée, la jeune femme prône une maison responsable, durable et désirable. Des pièces calibrées pour traverser avec aplomb les âges et être transmises aux femmes des générations présentes et futures.

L’histoire d’Hermine est ainsi avant tout une histoire de femmes. Des femmes de tête, de cœur et de caractère. Un héritage que l’on retrouve jusque dans les prénoms donnés à ses joyaux, pour  un hommage rendu au centuple.

 

Crédits photo : Douze Paris



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