Portrait de Sophie, fondatrice de Marceau Paris

Avec le temps, les rêves d’enfants deviennent souvent évanescents. A l’âge adulte et à l’heure des choix, ces songes récalcitrants deviennent effervescents, si bien que devenus simples réminiscences, ils s’imposent à nouveau comme la seule voie à prendre, rayonnante. Portrait de Sophie, fondatrice de Marceau Paris, qui a fait valser l’ennui et la frustration pour embrasser son premier amour, la mode.

Après le baccalauréat scientifique, Sophie emprunte sans grande conviction le chemin du droit. Elle double ce cursus d’une licence en gestion à La Sorbonne. Quatre années à être endimanchée dans une matière trop rigide. Sentant un penchant naturel s’épanouir en elle pour le marketing, l’étudiante tente en parallèle les concours et intègre Sup de Reims pour étudier cette matière plus souple. Retroussant ses manches, elle part étudier un semestre aux Etats-Unis, à l’université de Louisiane. Dans ce pays qui célèbre les rêveurs enthousiastes, Sophie apprend les bases de l’entrepreneuriat. Elle se prend au jeu et co-crée un projet de toute pièce autour de la nourriture bio pour nourrisson. De retour dans l’hexagone, l’étudiante signe son stage de fin d’études chez le géant L’Oréal en tant qu’assistante chef de produit. La taille démesurée de ce groupe mondial la pousse à rechercher des structures à taille plus humaine. Elle entre alors chez Bourjois, et se plaît à mettre en beauté les mascaras et autres produits de coquetterie.

Mais la marque, véritable incarnation du chic à la française, passe sous giron américain. Alors que le Nouveau monde lui tend une nouvelle fois les bras, Sophie refuse l’étreinte et rejoint Guinot en tant que chef de produit. Les mois défilent sans avoir le temps de lever un sourcil. Pourtant, une ombre s’immisce doucement sous les paupières de la jeune femme : l’ennui et l’intraitable sentiment de passer à côté d’une histoire plus étincelante. Sa vie de salariée se dépigmente, à l’image d’un quotidien assombri qu’aucun fard ne peut rehausser.

Son attirance pour la mode depuis ses plus tendres années ne peut plus être camouflée à grand renfort d’anti-rêves. Alors, un an et demi après son arrivée, la poudre aux yeux devient escampette. Sophie démissionne après le songe d’une nuit d’été, en août 2016. Elle retourne sur les bancs de l’école, à l’Institut de la Mode et développe la fibre de l’entrepreneuriat. Douze mois pour faire mûrir son projet et se constituer un réseau. Elle se replonge un temps dans sa vie passée de salariée débordée pour dessiner son projet. Ses pensées sont très vite attirées par la chemise, empruntée au vestiaire masculin. Elle développe alors l’idée d’une enveloppe vingt-quatre heures, à porter de l’aurore à l’aube. Un linge de corps doux et résistant, pour un corps à corps consolatoire et jubilatoire. C’est désormais, certain : le plastron va devenir son nouveau patron !

Alors qu’elle cherche les lettres qui formeront son nom, une amie un brin espiègle lui glisse à l’oreille le prénom Marceau. Sans repérer le jeu de mots renvoyant à la plus française des actrices, Sophie pense instantanément à un autre monument français, le métro centenaire et ses stations, témoins d’une illustre histoire à la française. Chaque chemise porte le nom de l’une d’elles: Concorde, Pont Marie, Bir Hakeim, ou encore Palais Royal. Le dernier trimestre est exaltant. Sophie se fait épauler d’une modéliste pour le patron puis réalise elle-même les dessins de style qui viennent broder les détails. Après de longues recherches, la créatrice en herbe trouve enfin son fournisseur. Elle franchit la méditerranée pour réaliser ses 1ers prototypes et revient les bras chargés d’espoir, le col relevé par la fierté et l’enthousiasme.

2018 se termine en beauté avec la création du site internet. Un bonheur n’arrivant jamais seul, l‘année suivante est placée dès les premiers jours sous le signe de la sororité : Sophie lance une campagne de financement participatif, rassemble plus de 13 000€ et lance la collection. Les mois passent et la jeune entrepreneure s’attache à effacer le bras de mer qui éloigne sa fabrication de l’hexagone. Le bouche-à-oreille lui permet de trouver un atelier parisien pour confectionner sa deuxième collection. Après la popeline, Sophie emprunte le chemin de la soie et du Sentier, pour trouver un tissu haut de gamme. La jeune femme lance alors une deuxième campagne de financement. Un nouveau succès qui vient clôturer avec entrain une année 2018 grisante. L’année d’après signe une nouveauté. Sophie ouvre un nouveau chapitre au beau roman signé Marceau. L’entrepreneure en herbe, se met au vert et fait entrer la couleur flamboyante et les motifs luxuriants.

Elle s’est inspirée de la parisienne déambulant en robe légère ou chemise fleurie, dans les jardins pour trouver la fraicheur d’un soir d’été, ou une parenthèse suspendue dans le tumulte urbain. Ses nouvelles créations portent le nom de célèbres jardins parisiens : Buttes Chaumont, Tuileries, jardin des Plantes, pour des femmes en fleurs. Avec Marceau, les femmes sortent de l’ombre pour prendre la lumière.

Les projets fleurissent dans l’esprit de la jeune créatrice, entrée depuis à l’atelier Meraki, résidence entrepreneuriale de la mode. Un changement de cap qu’elle ne regrette pas, tant son cœur, à l’unisson avec sa passion fait boum…

Un grand merci à Sophie pour sa gentillesse et bienveillance.

Crédit photos: Marceau Paris



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