Marine Le Quentrec, fondatrice de Gang de filles

La grossesse est assurément une période vertigineuse et contemplative pendant laquelle le ventre s’arrondit et les idées se multiplient. Une parenthèse pour donner la vie, mais aussi donner un sens à la sienne, qui fait écho à l’histoire de Marine Le Quentrec, fondatrice de « Gang de filles », une jolie marque de chemises à cols amovibles. Portrait.

Fille d’une mère artiste-peintre-décoratrice et d’un père menuisier, Marine a dès son plus jeune âge une prédilection pour l’art. Des crayons greffés au bout de ses dix doigts, elle dessine tout ce que le monde lui offre à voir. Un monde qui s’ouvre à elle lorsqu’elle part vivre à Tokyo avec ses parents. Une expérience enrichissante et étourdissante pour une enfant de huit ans, qui l’influencera durant toute sa jeune vie. Marine revient en France avec un amour accru pour les arts. Elle se met à la peinture et accompagne sa mère dans les brocantes durant son temps libre. Donner une seconde vie à un mobilier vieillissant devient alors une seconde nature.

Le bac économique en poche, Marine délaisse les chiffres pour les arts et entre à la Sorbonne. Après deux ans au Centre Saint Charles à étudier les Arts plastiques, elle intègre l’Atelier Chardon Savard, une prestigieuse école parisienne de stylisme. Après les cours, s’ensuit la valse des stages : elle entre tour à tour chez Margiela, Karl Lagerfeld et Dim. Des passages formateurs dans des maisons françaises prestigieuses. Son avenir semble dès lors tout tracé, mais un plan social va brusquement changer le cours des choses. 

Deux lettres séparées d’une esperluette vont arriver dans sa vie et la faire passer sous giron suédois. Marine se voit confier la mise en place des collections dans les magasins H&M, l’harmonisation des différents univers et la mise en scène des vitrines du groupe. Elle y reste quatre ans. Puis c’est au tour d’une entreprise danoise de lui faire les yeux doux : elle entre chez Pandora en tant que responsable merchandising, poste qu’elle occupera pendant trois années. Deux expériences pour humer les bienfaits de l’air scandinave sans avoir à quitter l’hexagone.

Les années défilent, l’expérience grandit et les envies s’affinent. Marine profite de son congé maternité pour se remettre à la couture. Les ciseaux virevoltent sur les tissus pour lui faire,de fil en aiguille,des robes sur-mesure. La vie de salariée devient alors un corset trop étroit. Au cours d’une nuit un peu moins noire, Marine a un flash : revenir à son premier amour – le stylisme – en créant sa propre marque. Un coup d’œil rapide à sa garde-robe et l’objet du désir s’impose : la chemise. Un vêtement par essence classique qui compte se rebeller avec des cols amovibles hauts en couleurs. Elle commence alors les premiers prototypes avec frénésie. Plusieurs mois passent à dessiner le bon patron, à trouver les bonnes astuces qui feront de ses chemises des petits bijoux d’ingéniosité. Marine s’octroie une petite pause de trois mois, le temps d’accueillir son bébé sereinement. Après de nouvelles semaines de travail acharné, elle touche enfin le produit de son labeur en décembre 2016. Un joli cadeau pour clôturer une année riche en événements.

Il est alors temps de mettre un nom sur cette aventure : ce sera Gang de filles, clin d’œil aux femmes indépendantes, qui croquent la vie à pleines dents. Des filles qui s’attribuent un vêtement par essence plutôt masculin, relèvent le col et font fi des conventions. Des filles à la fois rebelles et classiques, à l’image de la fondatrice, doux mélange de sagesse et de folie, funambule déambulant entre le yin et le yang. Des filles libres, qui souhaitent être femmes d’affaires un jour, garçons joliment manqués ou écolières modèles le lendemain.

Ses chemises en main, Marine va faire le tour de son cercle proche : tantes, cousines, amies, etc... toutes sont conquises et viennent gonfler les rangs. En avril 2017, le gang de filles s’assagit et entre dans une couveuse. Marine reçoit ainsi l’accompagnement sur-mesure d’une conseillère pendant huit mois.

Dotée d’un enthousiasme contagieux et d’une lucidité envieuse, Marine l’affirme sans détour : « ce que l’on te reproche, cultive-le, car c’est toi ». Sans business plan, Marine s’est livrée entièrement à son instinct. Elle a appris à se faire confiance, à se donner les moyens de nourrir son ambition. Sa clairvoyance l’encourage à s’entourer. Son compagnon dans la poche, elle lui confie la création du site. Une fois ses chemises tissées dans la toile, Marine peut, avec un soupçon de communication, démarrer son histoire à elle.

Chaque jour, de nouvelles recrues rejoignent le gang et relèvent leurs cols colorés. Pour en séduire encore plus, cette admiratrice de Lisa Gachet (fondatrice de Make My Lemonade et Wear Lemonade) a plus d’un projet dans ses manches : des boutiques éphémères, de nouveaux cols, de nouvelles couleurs de chemises etc…

 

« A quoi sert un nom de code ?

-  A se donner une identité quand on n'en a pas ou quand on n'est pas sûr de la sienne.
- A unir les forces et les compétences pour être plus forts, ensemble. Nous n'étions plus des individus-filles mais un faisceau de flammes en marche ».

Joyce Carol (Confessions d’un gang de filles)

Un immense merci à Marine pour sa gentillesse et bienveillance!

Crédits photos: Gang de filles



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