Lucile, fondatrice de Laboté

Entreprendre naît souvent d’une envie innocente mais profonde de changer, à son échelle, le cours des choses. Effacer une absurdité, soulever une aberration et faire souffler un vent d’espoir dans une société gagnée par un fatalisme parfois un peu trop présent. Portrait de Lucile, fondatrice de Laboté, plaidoyer pour une cosmétique naturelle, sur-mesure et abordable.

Élevée au grand air, la petite Lucile transforme la cabane en bois du jardin en véritable laboratoire d’expérimentation. Elle y concocte potions et autres remèdes miracles à base de fleurs et autres vers de terre pour soigner les bobos imaginaires de ses sœurs.

Quelques années plus tard, jeune bachelière, c’est dans un nuage d’effluves euphorisantes que Lucile entre à la faculté de pharmacie. Elle pense alors se retrouver d’emblée à jongler entre les pipettes et autres becs benzène. Mais ces six années sans éprouvette se révèlent moralement éprouvantes : si le fond la passionne, la forme la laisse sur sa faim. Alors qu’elle se voyait apprenti alchimiste, à transformer des formules en crèmes, l’étudiante est apprenti algèbre, à transformer l’encre en équations.

Après un premier stage en officine, Lucile se spécialise en chimie. Elle retrouve des couleurs lors des travaux pratiques. Les expériences à créer des comprimés font toutefois naître en elle une frustrante perplexité : des heures de labeur pour seulement quelques grammes encapsulés ! Lucile décide alors de pousser sa spécialisation dans la cosmétique. C’est donc en ébullition qu’elle intègre un laboratoire de dermocosmétique, l’eldorado du tube à essai.

En parallèle de ses années académiques, Lucile officie aux comptoirs de différentes pharmacies, apportant un soin tout particulier à conseiller les clientes. L’une d’elles, à la peau particulièrement fragile et sensible, va complexifier son diagnostic, jusqu’à présent d’une grande justesse. Lucile plonge alors ses yeux dans les profondeurs des listes de composants habillant les tubes : des ingrédients mystérieux aux propriétés douteuses. L’envie d’une marque naturelle, dépourvue de conservateurs superflus germe dans son esprit. Le rêve d’entreprendre transperce dès lors tous ses pores. L’électron libre qu’elle est devient volubile. Lucile tient dans sa main sa carte vitale à jouer : apporter une alternative à un modèle industriel basé sur des produits réalisés en série qui ne peuvent, par essence, convenir à toutes les peaux.

En Master 2, elle fait un stage chez un fournisseur de matières premières pour découvrir l’existence de tous les actifs susceptibles de nourrir ses crèmes. Lucile fait alors la rencontre de Philippe Arnaud, expert en galénique à Paris V. Partageant des atomes crochus, ce dernier lui ouvre les portes de son laboratoire et accepte de diriger sa thèse, dont le sujet résume l’ambition de son

projet : la mise au point d'un procédé de fabrication de crème sur mesure pour hommes et femmes. Après plus d’un an et demi de recherche, Lucile finit par trouver au cours d’une soirée d’un sommeil anesthésié la solution à son équation à multiples inconnues. Une formule minimaliste pour un onguent-velours, obtenu en cinq minutes à froid. Les réactions s’enchaînent en cette année 2015 : l’alchimiste en herbe se met sous intra-rêveuse, entre à l’incubateur d’HEC, dépose dans la foulée le brevet, lance Laboté – contraction de laboratoire et beauté - et se met en quête de financements. Loin des comptes d’apothicaires, Lucile lève un million d’euros auprès d’un fond d’investissement en 2016. Quelques mois plus tard, le site internet est lancé et la première boutique ouvre ses portes en avril, rue Madame à Paris.

Après un début plutôt sage, Laboté suscite aujourd’hui un réel engouement. Lucile offre la seule marque française à ce jour dont les produits sont élaborés minute, une fois le diagnostic de peau réalisé par un pharmacien, en boutique ou en ligne. La transparence est le maître-mot de cette jeune maison : les crèmes sont réalisés dans la boutique, aux yeux des riverains curieux !

La mécanique désormais bien huilée, Lucile peut désormais oser rêver grand !

Crédit photos: Laboté



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