Ariane, fondatrice de Silly&Billy

Notre société a longtemps pris pour (mauvaise) habitude de rabaisser le travail manuel et de glorifier le travail intellectuel. Une attitude ravageuse pour certains métiers de l’artisanat ainsi relégués à l’arrière-boutique, mais également pour la flopée de diplômés bac+5, désorientés. Depuis plusieurs années, les défections pleuvent dans les bureaux et la "révolte gronde", comme l’a si bien expliqué Jean-Laurent Cassely, dans la Révolte des premiers de la classe. Portrait de l'une de ces douces révoltées, Ariane, fondatrice de Silly&Billy.

Elevée dans le culte des études, Ariane a très vite grossi les rangs de ces jeunes gens engoncés dans un diplôme non assorti à leurs idéaux intimes. Après des études sans passion dans le domaine des ressources humaines, Ariane relève ce fameux col blanc et débute sans conviction sa carrière professionnelle. Sans surprise, son inventivité se heurte à la montagne administrative et règlementaire que représente la gestion des ressources humaines. De cette paperasserie inhérente à ce secteur d’activité, elle rêverait d’en faire des avions de papier et briser ainsi ce plafond de verre.

Malgré les doutes qui l’assaillent, Ariane puise dans ses ressources et finit par faire le grand saut vers l’inconnu. En septembre 2012, alors que les élèves retrouvent avec plus ou moins d’entrain le chemin des classes, la jeune femme fait l’école buissonnière et troque son contrat à durée indéterminée pour un courage décuplé à l’infini.

Elle tend alors un fil au-dessus de ce vide vertigineux pour ne pas tomber et joue les funambules. Portée par cette folle envie d’y croire, Ariane entre dans un atelier de tapisserie d’ameublement. Elle se remémore de sa vie passée l’importance de la formation et passe son CAP, enceinte de son second enfant. La formation lui apprend la rigueur mais pas l’épanouissement escompté. Toujours en équilibre sur son fil, Ariane, devenue somnambule, parce qu’éveillée par des doutes dévorants, cherche sa voie dans ce dédale étourdissant.

Dans son for intérieur, la jeune femme souhaite tisser le métier de ses rêves, composé de fibres qu’elle pourrait coudre et broder. Malgré le sentiment d’imposteur qui empoisonne son cerveau, Ariane s’octroie le droit de croire en elle et finit par sortir de ce labyrinthe. Elle démarre cette nouvelle histoire sans connaître à l’avance les chapitres et l’épilogue, mais avec l’assurance qu’elle serait enfin l’héroïne.

Elle use ses yeux devant des tutoriels portés par les vents du web, et muscle ses doigts d’argent au contact des aiguilles et des plis épais des tissus. Au fur et à mesure que ces phalanges se déplient, sa créativité se libère. De ce long sommeil forcé nait Silly&Billy en 2013, une marque de décoration et de linge pour enfants. Plus rien n’arrête la fusée Ariane : cadres tambours détournés, linge de lits, langes, doudous, et autres veilleuses, la jeune femme multiplie les créations. Lunes, nuages, étoiles et autres arcs-en-ciel viennent ainsi apporter un air cosmique aux chambres.

Au fil du temps, Ariane dévie de son orbite en proposant de la décoration pour les « grands », avec toujours cette touche poétique qui la caractérise tant. Ses suspensions « fleurs » portent la douceur au firmament.

Après cinq ans passés à vendre ses créations en orbite, ou dans les concepts stores lyonnais, la créatrice lyonnaise a décidé d’avoir un pied sur la terre ferme. De quoi encore briller pendant longtemps...

Crédit photos : Silly&Billy



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